Le billet de Daniel Schneiderman

Publié le par almanito

neuf-quinze – Election présidentielle 2017 – lendemain

neuf-quinze@arretsurimages.eu 24/04/2017

La peste et le burn out

09h15Evacuons d’abord l’accessoire, l’amère satisfaction de voir Fillon renvoyé en son manoir. Il faut bien se chercher des consolations. Mais amère, oui, la consolation. Car il s’est tout de même trouvé un électeur sur cinq pour donner sa voix à l’homme des costumes offerts, des attachés parlementaires familiaux, des reliquats recyclés, des honoraires de consultant, du cabinet noir, des violences dans Paris, des Et alors ? Un électeur sur cinq. Comme la vieille droite est désespérante. Presque autant que la gauche, tiens. C’est dire.
Car il faut en arriver directement au coeur du sujet de conversation des jours à venir, ces injonctions de dimanche des présentateurs, les Bouleau, les Coudray, les Salamé, au duo Insoumis, Corbière et Garrido, Cordo et Garribière, parfaits tous deux dans le numéro de permutation d’un plateau l’autre, injonctions exigeant donc d’eux « un choix clair » pour le second tour, entre Macron et Le Pen. Et notre duo, donc, s’y refusant tout aussi obstinément, attendez le douzième coup de minuit camarades, les chiffres peuvent changer, et notre magnifique citrouille inutile devenir un carosse, même tout petit, vers les lendemains Insoumis. Autant le dire : le sketch, repris de chaine en chaine, ne m’a pas fait rire.
Impossible de me ranger du côté de l’injonction médiatique. Je me souviens du 21 avril 2002. De la stupeur et de l’effondrement à 20 Heures, quand apparurent les visages de Chirac et de Le Pen (Jean-Marie). Et de ma rage, aussi, quand la candidate LO Laguiller, à rebours de l’unanimité « républicaine », déclara ne pas choisir entre les deux, entre la peste et le choléra. Tous tant que nous fûmes, nous avons vraiment tremblé de bonne foi d’une victoire de Le Pen. S’il était au second tour, alors tout était possible. Quinze jours durant, la tête nous a tourné. On ne nous refera pas le coup. Sur le papier, même si le tiers des électeurs de Mélenchon s’abstiennent, même s’il s’en trouve quelques-uns pour s’égarer chez Le Pen, même si un bon petit paquet d’électeurs de Fillon prennent la même direction, et malgré Trump et le Brexit, sur le papier, donc, c’est imperdable pour Macron. Sur le papier. Car toute campagne a sa dynamique. Et si ledit Macron s’obstine à tutoyer le vide sidéral comme lors de sa calamiteuse déclaration de dimanche soir, et si tout d’un coup éclate la baudruche au pire moment, on se souviendra que le mot imperdable porte malheur.
Mais franchement, impossible aussi de me ranger du côté du staff de Mélenchon, et du Chef lui-même. Que signifie-t-il, ce refus d’appeler les choses par leur nom, un chat un chat, et un bulletin Macron un bulletin Macron ? Quand le candidat communiste Jacques Duclos, en 1969 (de plus en plus fort, la référence historique !), expliquait que Pompidou-Poher, duo du second tour d’alors, la gauche ayant été comme hier balayée, avec Defferre dans le rôle de Hamon, quand Duclos, donc, expliquait que Pompidou-Poher c’était bonnet blanc, blanc bonnet, il avait raison. Fils parricide de De Gaulle contre notable bonasse, bedaine contre bedaine, c’était en effet bonnet blanc, blanc bonnet, deux candidats de droite, qui feraient l’éternelle politique de la rente et de la bourgeoisie.
Le Pen et Macron, ce n’est pas bonnet blanc blanc bonnet. Personne d’ailleurs ne le soutient, à part quelques graffiteurs nocturnes, avec un slogan qui peut faire mal, et a d’ailleurs déjà fait l’ouverture du journal de France Culture.
Macron contre Le Pen, c’est d’un côté du Hollande sans Hollande, une réincarnation de Giscard avec des cheveux (74, cette fois), la soumission à l’Allemagne, on connait depuis toujours, on a vu, on vit avec depuis qu’on a l’âge de voter, OK. Mais de l’autre côté, camarades, les camps, les bateaux, les charters, les gudards, le On est chez nous scandé dans les meetings, la carte blanche implicite aux matraqueurs de tous les Théo, et en prime l’immunité parlementaire, et les journalistes virés des meetings. Ce n’est pas peste et choléra. C’est peste et, disons, burn out (pas trouvé d’autre image). A tout prendre, vous préférez quoi ?
D’autant que la langue de bois est riche. On peut dire, comme Corbière, « pas une voix pour le Front National ». C’est le service minimum. On peut appeler à lui « faire barrage ». C’est un peu mieux. On peut, comme L’Huma, titrer « jamais ».
On peut parler « d’utiliser le bulletin Macron ». C’est encore un peu mieux. Bref, il y a bien des manières de dire, sans prononcer les mots qui écorchent la bouche (« je voterai Macron »). La langue est pleine de ressources, pour éviter d’avoir à se planquer, comme hélas Mélenchon, derrière les centaines de milliers d’anonymes qui ont liké une page. Quelle triste sortie, après une si belle, si courageuse campagne !
Tiens, à propos de L’Huma, soit dit en passant, sa Une (ci-dessus) a été tronquée par Michel Grossiord, le matinalier de Radio LVMH (1). La vraie Une, la voici, ci-dessous. LOL ! Comme on dit.
Ne me remerciez pas, c’est juste un peu pour faire mon job, aussi. Celui que je sais à peu près faire.
Car pour le reste, je crois que je mourrai sans comprendre grand-chose à la politique française. Les macroniens, s’il en passe par ici, ont de quoi bien s’amuser, à relire tous nos articles depuis un an, et notamment les miens, sur le thème « Macron bidon ? » (2), la bulle Macron, et j’en passe (avec tout de même, notez-le, le point d’interrogation qui sauve la vie des journalistes, quand ils risquent le hors-jeu). Jamais, l’an dernier, je n’aurais misé un centime sur le héros aux yeux bleus des couvertures de Match et de L’Obs. J’ai des excuses. C’était avant que Fillon ne pulvérise Juppé. C’était avant que Valls, Hollande et Hamon ne s’entretuent. C’était avant le Penelopegate. Il a eu bien de la chance, le gamin. Il a comblé un vide, bien aidé par la presse Niel-Bergé-Pigasse et la presse LVMH -pour les autres groupes, c’est plus compliqué- qui l’a intronisé avant l’heure (et encore France 2 hier soir, avec la séquence voiture-motos-feux rouges brûlés, spécialité maison pour vainqueurs de second tour). Mais je ne veux pas me planquer moi-même derière les excuses. Il n’y a pas que ça. Manifestement, il a aussi capté sa part du désir de donner une grande claque à la droite et à la gauche traditionnelles, à leurs hommes, à leurs partis, sinon à leurs idées, qui vont maintenant tourner ensemble dans le tambour Macron, blanc et couleurs mêlées. Ah oui, tiens, ce bouton Bayrou, sur la machine à laver. On avait fini par l’oublier. C’est parti.
(1) http://www.arretsurimages.net/breves/2017-04-12/Radio-Classique-groupe-LVMH-fan-des-medias-du-groupe-LVMH-id20555
(2) http://www.arretsurimages.net/dossier.php?id=387
Daniel Schneiderman
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Joseph GUEGAN 29/04/2017 00:06

Exceptionnellement, je mets un commentaire sur un article politique. Je suis triste de constater que les idées du Front National sont banalisées et que quatre électeurs sur dix et peut-être davantage pourraient voter pour ce parti d'extrême droite. Je n'arrive pas à comprendre encore moins ceux qui se disent contre le FN et qui malgré tout envisagent de s'abstenir ou de voter blanc. Ils espèrent sans doute qu'il y aura assez d'électeurs responsables qui voteront Macron pour faire ainsi barrage à Le Pen. Et si, scénario catastrophe, ce n'était pas le caa, je ne doute pas que ces mêmes personnes seront le lendemain dans la rue pour protester.

almanito 29/04/2017 00:16

Ha merci Joseph, grâce à toi je me sens moins seule!

fanfanchatblanc 26/04/2017 10:49

Oups : la première fois de ma vie

fanfanchatblanc 26/04/2017 10:49

Intéressant à lire mais ? S' agit il d'une façon indirecte de nous convier à voter Macron ? Je ne saurais le dire. Mais j'en ai marre de toutes ces injonctions. Le FN est malheureusement considéré comme un parti comme les autres et je trouve bien hypocrites les donneurs de leçons. Pour la première fois de la vie ce sera l'abstention quelle que soit le résultat de la consultation des insoumis.

almanito 26/04/2017 13:53

De ma part, non, certainement pas. Mais j'ai trouvé l'article intéressant, en effet et je ne saurais te répondre que ce que j'ai dit à Polly plus bas. Tu es une personne informée, qui lit et sait décrypter l'info Fanfan, mais il faut penser aussi à tous ceux qui n'ont pas comme nous le loisir et parfois l'envie de chercher à en savoir plus et se contentent de la soupe servie à la télé. C'est en cela à mes yeux que les politiques doivent être clairs dans leurs choix.

cathycat 25/04/2017 19:37

Oui et ... ? en quoi ce papier fait-il avancer quelque chose ???

almanito 25/04/2017 19:40

Là, je suis sans mot...

polly 25/04/2017 17:36

hélas! hélas! hélas! et bien pire encore.

Tout le monde incite à voter Macron, la presse est unanime... j'hésite entre le blanc et l'abstention. Un gros paquet de vote blanc, ce serait quand même une claque! De toute façon, Macron sera élu, les cartes lui sont favorables et la peur et la culpabilisation font leur travail de fond.

Sinon, il y a encore un tour avec les législatives, et on va continuer, si ce n'est pas au parlement, ce sera toujours dans nos associations. On peut aussi dire que Mélenchon a réussi à recomposer la vraie et seule gauche.

almanito 25/04/2017 18:05

Je ne vois pas en quoi on peut être sûr qu'il sera élu et je trouve très hasardeux de prendre un risque terrible pour la seule satisfaction que l'on aurait de donner une bonne claque à la classe politique. Et puis les cartes, moi, j'y crois pas :)