Le flacon (suite)

Publié le par almanito

Le doute s'insinuait petit à petit, des questions qu'il ne s'était jamais posées dans l'enthousiasme du début, tout heureux et sûr de sa capacité à écrire ce roman qu'il avait entendu grandir en lui au point de lui sacrifier tout ce que la vie lui offrait de beau et de si facile, finalement, le tarabustaient. Les insomnies devenaient si régulières qu'il avait pris l'habitude de déambuler parmi les autres modules cubiques, y cherchant peut-être une inspiration éteinte. Au cours de ses errances nocturnes, il découvrit, alignés sur l' étagère d'un bungalow qu'il n'avait pas encore exploré, une multitude de flacons. Tous identiques, hélas tous vides,  il se saisit de l'un d'entre eux et aima la sensation de  l'objet épousant sa paume. Une sensation qui lui parut luxueuse, un relent de souvenir de jours plus heureux. Il devaient concevoir des parfums, pensa t-il, ou bien étudier leur contenant, rechercher la forme adéquate qui transcenderait la fragrance précieuse...
Il rêva un moment devant les flacons en se souvenant combien il était agréable de s' en asperger après la douche du matin puis il rentra se coucher en emportant un. 
Il resta interdit un bon moment lorsque la petite fiole délicate se brisa à ses pieds alors qu'il se déshabillait. les petits morceaux de verre jonchaient le lino autour de ses baskets. L'espace de quelques secondes, un parfum de cuir et de bois exotique monta jusqu'à lui mais à peine eut-il le temps d'en humer la délicatesse qu'il se transforma en une odeur âcre et tenace. La nausée l'emporta sur son étonnement car il avait bien crû que le flacon était vide, absolument vide, comme tous les autres restés sur l'étagère. Tout,  autour de lui, s'était imbibée de l'odeur immonde et il comprit  qu'aucune aération, aucun produit n'en viendraient à bout.
Le lendemain matin il partit rejoindre son bus en coupant à travers champ, heureux de fuir son refuge nauséabond. Le brouillard accrochait ses bulles microscopiques dans le tissu de son veston qui éclatèrent dans la chaleur moite du véhicule et l'odeur remplit l'espace comme une obsession qui le poursuivrait où qu'il aille. Pourtant les autres usagers ne manifestaient aucune gêne, pourtant Driss lui-même lui affirma que non, il ne reniflait aucune odeur suspecte.
Lorsqu'il rentra à la nuit tombée, l'odeur s'était dissipée et il eut un gros soupir de soulagement, souriant même d'avoir été si stupide à propos d'une histoire si banale, oubliant même que le flacon était vide.
Allons se dit-il en regroupant les feuilles de son manuscrit, un grand élan d'optimisme soudain revenu... Il n'eut pas le temps d'aller jusqu'au bout de sa pensée. L'odeur pestilentielle était à nouveau là, plus crue et tenace que jamais, sortant par bouffées épaisses des pages du grand roman qu'il abandonna pour toujours sur le rebord du fauteuil inconfortable.

 

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écureuil bleu 29/08/2017 10:24

J'aime. Beaucoup mais je voudrais la suite, et savoir ce que contenaient les autres flacons dans le cube abandonné... Bonne journée

almanito 29/08/2017 12:28

Il n'y a pas de suite et les flacon ne contenaient rien, tout vient de lui...

In the Mirror 10/06/2017 09:48

Quel est ce démon qui le poursuit ?
Il est des textes qui ont besoin d'être relus, c'est le cas de celui-ci et du précédent et j'ai bien fait, car si la première fois, je n'ai rien trouvé à dire, aujourd'hui, je le trouve excellent.
Bravo alma !

almanito 10/06/2017 12:47

Ché pas, apparemment c'est son roman qui pue :))

Joëlle 04/06/2017 06:54

Des lignes bien menées une fois de plus, une histoire riche en détails compliments Almanito

emma 03/06/2017 10:12

une histoire superbement écrite, comme d'hab., entre 2 mondes, le vrai, sordide, et l'onirique vaguement menaçant, j’espère que tu donneras la clé parce que c'est trop intrigant quand même

Joseph Guégan 30/05/2017 14:13

Bonjour Alma,
j'avoue ne pas avoir tout compris, mais ce n'est pas grave.
Bonne fin de semaine

almanito 30/05/2017 14:23

C'est la suite du texte précédent mais je comprends que tu n'aimes pas, tu n'es manifestement pas le seul d'ailleurs :))

Dominique 28/05/2017 19:46

C'est fini ou on va en savoir plus sur la fragrance mystérieuse ?

almanito 28/05/2017 20:23

Fini N-I- ni :))

Dominique 28/05/2017 19:46

C'est fini ou on va en savoir plus sur la fragrance mystérieuse ?

Carole 28/05/2017 01:37

Qu'importe le flacon (brisé) s'il nous reste l'ivresse... mais ton personnage pourra-t-il se défaire de l'odeur traîtresse qui a recouvert l'autre, la vraie, et conservera-t-il en lui cette ivresse de la création qui aurait pu donner un sens à sa vie ? Je ne peux croire que ton récit soit réellement fini.

Sinon, rien à voir, mais je ne reçois plus tes avis de parution, ni d'ailleurs les miens. OB doit faire le pont...

almanito 28/05/2017 09:45

Je ne sais pas, peut-être qu'il n'a pas l'étoffe d'un écrivain...

Oui, OB fait le pont et depuis pas mal de temps, je ne reçois que quelques avis aussi et lorsqu'on se plaint, ils nous répondent que les avis se cachent dans les spams de nos boîtes mails!!!!

MD 27/05/2017 14:28

Eh bien, il eût été dommage de se priver de cette "suite" pour le moins surprenante ! J'aime beaucoup :)

almanito 27/05/2017 14:37

Mouais, c'est spécial quand même :))

polly 26/05/2017 22:03

Whaouh! Combien nos sens peuvent nous porter à des délires sans nom. Comme si c'était lui-même qui pourrissait sur place, à écrire.
Odeur nauséabonde d'écriture... ce serait un sacré bon thème de roman.

almanito 26/05/2017 22:33

C'est marrant, on s'est croisée, je reviens juste d'une balade Auvergnate;)

Bon thème de roman? Allez Polly, au boulot!