Le flacon

Publié le par almanito

Il était descendu à " la Plaine", comme tous les soirs.
le vieux bus avait reprit sa course poussive en crachotant sont haleine noire.
Il longea le champ où la terre fraîchement retournée par une de ces grosses machines agricoles s'agglomérait en mottes régulières et compactes que ses godillots écrasaient à peine en se demandant quelles tendres radicelles sortiraient de cet amas sombre après l'hiver.  De gros engins métalliques destinés à l'arrosage automatique ponctuaient l'horizon sans fin. Au bout d'une heure de marche il distinguerait d'entre les cailloux et l'herbe rare les restes de rails d'un train fantôme qui semblait s'être évanoui dans le ventre de la terre, puis un groupe de constructions basses, cubiques, qui avaient abrité une multitude de start up aussi vite abandonnées qu'on les avait montées, au milieu de nulle part.
Il avait élu domicile dans l'un de ces éléments assemblés comme des légos sans couleurs, depuis trois mois, depuis que le père Ledru  l'avait expulsé de son petit logement du 5ème arrondissement. Pas mieux qu'un pauvre pour exploiter plus misérable que lui-même, Ledru n'aimait ni les "feignants d' artistes" ni les mauvais payeurs. Ce salaud avait éjecté ses affaires dans les escaliers mais avait conservé son ordinateur contenant le roman qu'il était en train d'écrire, seul bien qu'il pourrait aisément monnayer pour se rembourser en partie des loyers en retard.
Le lieu n'était certes pas accueillant, mais il avait voulu s'éloigner de la gare du Nord où il s'était résigné à tendre la main, assis sur le sol dans la poussière comme tant d'autres,  avant de rencontrer Driss, le mec qui vendait des hot-dogs, qui le faisait bosser pendant les coups de feu, ce qui en plus d'un billet lui garantissait ses repas. Il rentrait le soir, échappant à l'ultime humiliation de dormir devant les passants dans la saleté et la promiscuité qu'il redoutait. Le bungalow qu'il avait choisi, outre qu'il  offrait l'avantage d'avoir été épargné par les bandes de casseurs, possédait encore un évier dans une arrière salle, dont le robinet laissait couler un filet d'eau froide et un fauteuil moderne, un de ceux qui vous tendent les bras dans les salles d'attente mais dont les dossiers bas et le rembourrage indigent ne vous offre aucun confort.
Assis en tailleur devant, Martin s'en servait comme écritoire. S'il avait repris la rédaction de son roman au début, la tâche s'avéra plus ardue qu'il ne le pensait. L'écriture sur papier suppose un amoncellement de ratures, de renvois et de corrections dont on perd conscience sur ordinateur qui efface et donne une impression de fluidité immédiate et rassurante. Son texte semblait racler le papier, renâcler à épouser les rames trop blanches et lisses.

 

(OB ayant coupé la fin de mon texte qui était assez longue, la suite viendra...un jour...ou pas)

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emma 03/06/2017 10:07

c'est vraiment curieux d’écrire directement en ligne, avec les cyber épées de Damocles prêtes à trancher l'élan, alors que le copier/coller depuis un brave traitement de texte t'assure confort et sécurité !
alors en parlant de bugs, je croyais que tu avais pris ta retraite parce que ça fait un moment que je ne reçois plus tes avis de parution, et pas non plus le s miens d'ailleurs, bon je vais de ce pas lire la suite ....

almanito 03/06/2017 10:30

Je suis comme ça Emma: ce qui vous semble à tous logique, simple et évident, pour moi, c'est un casse-tête. Tu m'as déjà expliqué mais... enfin, oui, tu as raison :)

Oui, OB beugue tout ce qu'il sait, patience...

Carole 25/05/2017 23:48

Alors j'attendrai la suite. Un roman qui démarre dans un roman, ça ne peut tout de même pas s'arrêter là... ! Pourquoi tu ne passes pas sur wordpress pour tes récits longs ? Overblog n'est pas adapté, je le sais bien pour avoir essayé. Sur wordpress, la sauvegarde est (en principe, car je me suis fait prendre tout de même), automatique.

Dominique 25/05/2017 21:23

J'attends quand même la suite dès que tu auras digéré !

Dominique 25/05/2017 21:21

Comment ça OB t'a coupé le sifflet ???

almanito 25/05/2017 21:30

Oui parce que je prends à chaque fois le risque de publier sans sauvegarde. Remarque, l'humanité va survivre :))

MD 25/05/2017 20:36

Oups ! Je comprends ta colère, légitime. Mais bon, allez, keep cool et surtout ne nous prive pas trop longtemps de la suite....s'il-te-plaît :)

almanito 25/05/2017 21:30

On verra ce weekend;)

carnetsparesseux 25/05/2017 18:45

est-ce qu'il ne manque pas la fin de la dernière phrase : "Martin ne".... ?
En tout cas, je veux la suite !!!

almanito 25/05/2017 19:19

Non mais c'est un peu ma faute: j'écris directement sans me servir du brouillon et je publie directement....

carnetsparesseux 25/05/2017 19:09

Aïe !! sale coup ! il n'y a pas un truc "mémoire" ou "retour en arrière" dans OB ?

almanito 25/05/2017 18:55

:))) Si, j'ai retrouvé 4 lignes supplémentaires et en ai ajouté une d'explication. Pour l'instant je suis tellement en colère que je n'envisage pas de refaire la suite que OB a coupée au moment de la publication.