L'automne sans fin

Publié le par almanito

Le moteur de la voiture ronronnait, régulier, une douce chaleur rentrait par les vitres entrouvertes, mais elle ne dormait pas. Quelques mèches de cheveux blancs retombaient sur son front droit et encore obstiné. Le regard restait noir, exigeant,  bien que ne distinguant plus dans sa brume, que les contours adoucis des reliefs et des tons d'aquarelles fondus.

Mais elle n'était pas vaincue. La nuque et le visage tendus, elle s'imprégnait goulument de l'air tiède le long des falaises crayeuses tachetées des bouquet roux et mauves d'un automne sans retour. Elle suivait des yeux les rayons qui doraient le dos des vallons s'enfuyant dans le lointain, les lents méandres de la Seine piquetée de lumière glissant tranquillement vers la mer.

Ce fleuve qu'elle vénérait parce qu'il illuminait les vieilles pierre de sa ville comme il avait étoilé sa vie, à tel point que parfois je songeais qu'un peu de son eau courait dans ses veines, mêlé à son sang. Nuances froides du petit matin sous les ponts noircis, cuivré le soir le long des quais où les péniches patientaient comme de vieux chevaux résignés, mais aussi flamboyant, épique, et romantique sous les saules de Nôtre Dame..
 

Sur les hauteurs, surplombant le paysage, des champs dégageaient un horizon blondissant, rejoignant le ciel dans un arc de cercle parfait. La brise pliait doucement des arbustes las, tandis que le fleuve ourlé de sombres bosquets poursuivait en contre-bas son chemin paisible.
Je roulais suivant le fil de l'eau, prenant garde de ne jamais aller jusqu'à sa fin...

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antoine delmonti 17/12/2018 15:19

Presque un téléfilm sur les méandres de la Seine...la poésie en plus : " La brise pliait doucement des arbustes las..."
Très chouette ton texte, Almanito !

almanito 17/12/2018 15:38

Merci beaucoup Antoine

Quichottine 09/09/2018 10:02

Elle et je... Je ne sais pas si ça m'a gênée ou non.
Je rêvais, et je me suis éveillée.
Passe une douce journée.

almanito 09/09/2018 10:06

Non en fait elle, c'était ma mère assise près de moi dans la voiture. Je m'aperçois que je n'ai pas été très claire...

emma 02/09/2018 10:24

quand "elle" devient "je" au cours du chemin... tu écris comme une voix off cinématographique

almanito 02/09/2018 10:41

je vais être adaptée, c'est sûr :))

In the Mirror 31/08/2018 16:00

Tu as fait une description poétique de cette route que je ne connais pas. Suivre les méandres de la Seine, j'aimerais le faire en péniche.
Le commentaire de Mony est très beau !

almanito 31/08/2018 16:20

Je ne l'ai fait que par la route d'où on a tout le spectacle des méandres et de la lumière avec souvent les jardins qui descendent jusqu'aux rives et les falaises crayeuses au loin, le paysage doit être tout autre vu par bateau.

Mony 31/08/2018 09:30

Retenir l'automne, ne pas se laisser envahir par l'hiver de la vie ! Sans y paraître tu parles de cette vie accrochée au corps et que l'on retient rien qu'en suivant un paysage aimé. J'aime beaucoup cette évocation, Almanito.

almanito 31/08/2018 09:33

Oui c'est ce que j'ai tenté de faire, merci de l'avoir lu dans ce sens Mony :)

Loïc Roussain 31/08/2018 08:51

"Les péniches attendaient comme de vieux chevaux résignés ..." superbe !
Ambiance et description savoureuse de ce pays de France que je ne connais pas du tout.
Merci.

almanito 31/08/2018 09:01

Tu vas à Mantes la Jolie et tu prends la route des crêtes jusqu'à Rouen, au printemps ou à l'automne, et tu n'oublieras jamais la balade.

eMmA MessanA 30/08/2018 17:38

Je trouve que ton écriture est de plus en plus poétique ce qui me plait bien, sans compter que la Seine est mon fleuve de prédilection qu'elle irrigue Paris ou "(l)es boucles qui s'entortillent jusqu'à Rouen"...

almanito 30/08/2018 17:43

C'est bien de cette portion dont je parlais, j'adore la route depuis Mantes la Jolie, Vernon, saint Martin la Garenne, la route des crêtes... Bref comme pour toi ce sont maintenant des souvenirs:)